La crise sanitaire dans le secteur de l’automobile

16 novembre 2016

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La crise sanitaire dans le secteur de l’automobile

Bien que la voiture individuelle apparaisse au sortir de la crise sanitaire comme le moyen de transport le plus sûr, on a pu craindre pendant le confinement que le marché de l’automobile ne s’effondre totalement. Télétravail et fermeture de tous les lieux culturels et autres loisirs, faisaient criandre le pire pour ce marché. Pourtant, plus que jamais, les voitures font l’unanimité quand il s’agit de se protéger de la pandémie, s’exiler à la campagne, ou de vivre ses passions. Et à la fin du confinement, quoi de plus naturel que de prendre la voiture pour continuer à pratiquer ses loisirs, faire une virée à la plage, après avoir été coupés du monde pendant 2 mois? Toutefois, malgré une baisse conséquente des ventes dans le secteur automobile, et une majorité d’événements et de projets novateurs bloqués, l’automobile essaie de tenir le cap, bilan d’une année complexe pour la voiture, au niveau des ventes et des salons. 

Coup dur pour le secteur : chute des ventes

L’expansion du coronavirus a signé le ralentissement mondial de la production automobile mais dans un même temps, bien sûr, l’augmentation des prix! Démarrant en Chine, l’épidémie a freiné l’exportation des systèmes électroniques et même une pénurie, GPS en tête. Tandis que des constructeurs plus malins contournaient les interdictions comme Jaguar Land Rover au Royaume-Uni qui a importé les pièces détachées valant de l’or dans des valises, les chaînes de montage qui sont basées sur le territoire chinois n’ont pas pu tourner à plein régime, pénalisant fortement Volkswagen qui risque de perdre 3 milliards d’euros dans l’affaire.

20 à 30% de ventes en moins par rapport à l’année dernière en Chine, et un recul de 38% des ventes de voitures neuves pour le 1er semestre 2020 en France, et on assiste même à une baisse record des immatriculations avec 89% de moins en Avril, du jamais vu! Renault enregistre une perte de 34% et Jeep, 68%. Dès lors, les acheteurs se sont tournés vers le secteur de l’occasion qui a connu un rebond post-confinement avec 27,6% de ventes en plus par rapport à l’année précédente. Enfin l’ensemble du secteur automobile tourne au ralenti malgré quelques signes de reprise ici ou là: +1,2% au mois de Juin, et des primes avantageuses annoncées à l’achat de voitures électriques lors du récent plan de relance.

Le secteur du luxe est cependant relativement épargné par la crise comme souvent, et Ferrari ne gèlera pas ses embauches jusque fin 2020 contrairement à Volkswagen.

L’automobile différemment

40% des français ont bénéficié du télétravail, et 400.000 parisiens ont pu se déplacer ainsi à la campagne et projeter l’achat de 264.000 voitures. D’ailleurs, PSA (Peugeot) a pu mettre définitivement 80.000 de ses employés à travers le monde en télétravail, ce qui contribue à changer petit à petit les habitudes de société et entraîner des répercussions sur l’ensemble du secteur par ricochet.

Au niveau des salons automobiles, on s’achemine d’ici dix à vingt ans vers l’exposition d’autres services liés à la mobilité en plus des traditionnelles voitures, comme le déclare Julien Faux de Citroën. Et lors d’un Mondial de Paris, Thierry Hesse a pu souligner: “Quelles que soient les critiques qui s’abattent sur elle, on a besoin de l’automobile. Je n’ai aucune crainte concernant la fréquentation du salon de l’automobile”, de quoi faire évoluer les points de vue des plus récalcitrants et autres autophobes.

Bienvenu, le plan de relance a prévu 8 milliards d’euros pour relancer le secteur automobile à partir de la fin du mois de mai. Et le deuxième semestre 2020 a pu voir le succès grandissant des voitures électrifiées, hybrides inclues, de quoi se réjouir du changement.

Les salons automobiles: 120 ans de tradition

En France depuis 1898 et dans le monde entier, les salons d’expositions de voitures reviennent cycliquement chaque année, réglés comme du papier à musique. C’est une plaque tournante reliant les acteurs majeurs du secteur de la conception à la construction, en passant par le design ou même les assureurs auto! En outre, ces événements sont attendus par un public très nombreux, plus de 600.000 visiteurs en 11 jours pour le salon de Genève en 2019. Et ces grandes occasions peuvent génèrer jusqu’à 200 millions d’euros de retombées économiques pour les régions.

Néanmoins, le modèle traditionnel a fait son temps, et Covid-19 ou pas, certains salons ont vu leur fréquentation en perte de vitesse, comme le Geneva International Motor Show suisse (GIMS) accusant 9% en moins par rapport à 2018, mettant déjà en péril cette manifestation qu’on croyait pérenne. Volvo ne veut même plus participer à ces rassemblements jugés trop gourmands en termes d’investissements. C’est pourquoi le plus ancien salon international, le Mondial de Paris Motor Show est devenu bisannuel, en dépit de son petit million de visiteurs.

Lors d’une réunion des professionnels de l’événementiel, une sonnette d’alarme avait déjà été tirée en 2019 par le directeur d’Heavent Paris, Arnaud Faucher, pour qui le Mondial de l’automobile a tendance à devenir un vrai festival à l’ère du numérique. Et qui dit événementiel dit sensationnel sous forme de scénographies ou de design sonore. Dorénavant, ces évènements automobiles n’ont plus la côte, à moins de se renouveler.

 

La passion de l’automobile entre parenthèses – les salons annulés

À l’instar du SEMA show de Las Vegas, la ville par excellence du jeu et du divertissement, ou du salon automobile de Pékin du mois d’Avril, du GIMS de Genève, du Mondial de Paris ou encore celui de Détroit, des compétitions de sport automobile telles que le Grand Prix de F1 de Melbourne ont été purement et simplement annulées. Même si certains salons de moindre ampleur comme le salon de l’auto du Mans arrivent à tirer leur épingle du jeu en échappant de justesse à la suppression au mois de septembre, la majorité des sacro-saints évènements liés à l’automobile feront défaut cette année, engendrant des pertes colossales se chiffrant en millions d’euros dont les organisateurs devront se remettre. Et quand il s’agit seulement de report, comme pour Rolland-Garros ou la compétition de F1 en Autriche le 5 juillet, on a pu se retrouver devant des gradins vides ou réduit à suivre le spectacle de sa simple télévision, de quoi gâcher tout plaisir! De même, Stellantis, la fusion entre les deux grands groupes de l’automobile FCA (Fiat Chrysler) et PSA est au point mort jusqu’à la prochaine décision fin octobre 2020.

Visiter les salons automobiles autrement

Tout n’est pas perdu, et en matière de bonnes nouvelles, il en existe assurément: déjà, les organisateurs du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, l’évènement high-tech qui offre une large place à l’automobile, ont prévu de le rendre accessible de manière virtuelle en 2021. À noter que le SEMA show, le célèbre salon américain de la personnalisation automobile, envisage aussi la mise en place d’un format numérique pour la suite. A l’instar d’autres secteurs, comme celui des casinos qui aurait pu s’effondrer mais qui a survécu grâce au format numérique des jeux de casino en ligne, qui a réussi à séduire un vaste public, et a lui aussi transféré son principal congrès CasinoBeats Malta Digital en ligne, convoquant 120 intervenants, un showroom et de nombreux ateliers. Quant aux visiteurs qui préfèrent les salons privés traditionnels, ils seront servis par Lamborghini qui a décidé de se limiter à des congrès à taille humaine en respectant les mesures sanitaires.

À la sortie de la crise sanitaire, gageons que les prochains salons de l’automobile pourront aider à redorer l’image des voitures pour booster à nouveau les ventes, comme le précisait Olivier Faust chez Renault lors d’un Mondial de Paris: “Les salons, c’est plus une question d’image que de commerce”. Car il faut laisser la part belle aux concessionnaires, même si l’évolution du marché est de plus en plus imprévisible.

Dans ce panorama des impacts de la crise sur le secteur de l’automobile, tout en n’oubliant pas de déplorer la hausse des licenciements, on peut voir l’émergence de nouveaux comportements plus écologiques grâce à la voiture électrique et au télétravail, plus modernes grâce au numérique pour les visites virtuelles et la promotion digitale des marques. Décidément, le secteur automobile tient bien la route!

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