Achat-revente de voitures en auto-entrepreneur : seuils, cotisations et calcul réel
Peut-on faire de l’achat-revente de voitures en auto-entrepreneur ? Oui : l’activité relève du régime micro, comme toute vente de marchandises. On lit souvent que le problème serait l’impossibilité d’appliquer la TVA sur marge. C’est mal posé : en franchise, vous ne facturez aucune TVA, ce qui vaut mieux que la marge. Le vrai sujet, c’est que tout se calcule sur le prix de vente total. Voici les montants en vigueur en octobre 2026 et un exemple sur une année complète.
Les chiffres qui comptent en 2026
| Règle | Montant en 2026 | Base de calcul |
|---|---|---|
| Plafond du régime micro (vente de marchandises) | 203 100 € par an, de 2026 à 2028 | Le total des ventes |
| Franchise en base de TVA (ventes) | 85 000 € sur l’année précédente, 93 500 € en cours d’année | Le total des ventes |
| Cotisations sociales (vente de marchandises) | 12,3 % | Le chiffre d’affaires encaissé |
| Versement libératoire de l’impôt (sur option) | 1 % | Le chiffre d’affaires encaissé |
| Abattement forfaitaire, sans versement libératoire | 71 % | Bénéfice imposable retenu : 29 % du chiffre d’affaires |
La réforme de 2025, qui devait ramener la franchise à un seuil unique de 25 000 €, n’est pas entrée en vigueur : l’administration fiscale indique que les modifications prévues par la loi de finances pour 2025, puis par celle pour 2026, ne s’appliquent pas. Les seuils de 85 000 € et 93 500 € restent donc ceux de la vente de marchandises. En première année, plafonds et seuils sont ajustés au prorata de la durée d’activité. S’y ajoutent de petites contributions calculées elles aussi sur le chiffre d’affaires, comme la taxe pour frais de chambre de commerce (0,015 % pour la vente de marchandises).
La franchise de TVA est un avantage, pas le problème
Tant que vous restez sous le seuil, vous ne facturez pas de TVA et n’en reversez pas. Vos factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Comparez avec un négociant assujetti : sur une voiture achetée 8 000 € à un particulier et revendue 10 000 €, il reverse 333 € de TVA sur la marge (2 000 × 20/120). Vous, rien. Au même prix de vente, vous gardez ces 333 €.
La contrepartie existe mais reste limitée : vous ne récupérez pas la TVA sur vos frais (pièces, carrosserie, contrôle technique, abonnements aux portails), ni sur un véhicule acheté à un professionnel qui vous facture la TVA sur le prix total. Pour des voitures achetées à des particuliers, qui ne facturent jamais de TVA, l’écart reste faible.
À noter : au 1er janvier 2027, les règles de TVA quittent le Code général des impôts pour le Code des impositions sur les biens et services (ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026). La mention de franchise renverra alors à l’article correspondant de ce code ; les anciennes références du CGI restent utilisables jusqu’au 30 juin 2028.
Le vrai piège de l’achat-revente en micro : le prix de vente total
En achat-revente automobile, le chiffre d’affaires n’a rien à voir avec ce que vous gagnez. Une voiture vendue 10 000 € avec 2 000 € de marge ajoute 10 000 € à votre chiffre d’affaires. Trois conséquences.
- Les seuils arrivent en quelques ventes. À 10 000 € la vente, la neuvième fait passer le seuil de 85 000 €, la dixième celui de 93 500 €, et la vingt et unième dépasse le plafond micro de 203 100 €.
- Les cotisations portent sur le prix de vente. 12,3 % de 10 000 €, c’est 1 230 € de cotisations sur une vente qui a rapporté 2 000 € de marge brute, avant les frais.
- L’impôt aussi, sans versement libératoire. L’abattement de 71 % suppose que vos achats et vos frais représentent 71 % de vos ventes. Avec une marge de 20 %, l’administration retient un bénéfice supérieur à celui que vous faites réellement.
Exemple chiffré : une année à huit voitures
Prenons un micro-entrepreneur qui achète huit voitures à des particuliers, 7 000 € en moyenne, et les revend 9 000 € en moyenne. Il dépense 400 € de frais par véhicule (contrôle technique, petites réparations, annonces) et a opté pour le versement libératoire.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires (8 × 9 000 €) | 72 000 € |
| Achats des véhicules (8 × 7 000 €) | 56 000 € |
| Frais (8 × 400 €) | 3 200 € |
| Gain réel avant cotisations et impôt | 12 800 € |
| Cotisations sociales (12,3 % × 72 000 €) | 8 856 € |
| Versement libératoire (1 % × 72 000 €) | 720 € |
| Reste pour vivre et refaire du stock | 3 224 € |
Les cotisations absorbent près de 70 % du gain réel : 8 856 € sur 12 800 €. Sans versement libératoire, le bénéfice imposable retenu serait de 20 880 € (29 % de 72 000 €), soit plus que les 12 800 € réellement gagnés. La TVA, elle, ne coûte rien : un négociant assujetti aurait reversé 2 667 € de TVA sur la marge (16 000 × 20/120).
Ces chiffres ne disent pas que la micro est à fuir. Ils disent qu’elle convient quand la marge par véhicule est forte par rapport au prix de vente et que le volume reste faible : une activité d’appoint, un test sur quelques véhicules. Au régime réel, les cotisations se calculent sur le bénéfice et non sur le chiffre d’affaires, ce qui change l’équation dès que le volume monte. Refaites ce tableau avec vos propres prix moyens, puis avec votre expert-comptable.
Quand vous dépassez les seuils
- TVA : entre 85 000 € et 93 500 €, vous gardez la franchise pour l’année en cours et la perdez au 1er janvier suivant. Au-delà de 93 500 €, la TVA est due sur les ventes réalisées à partir du dépassement. Une fois redevable, vous appliquez la TVA sur la marge aux voitures achetées à des particuliers, comme n’importe quel négociant : le régime micro ne l’interdit pas. Vous pouvez aussi opter de vous-même pour le paiement de la TVA ; l’option vaut deux ans au minimum.
- Régime micro : dépasser 203 100 € une seule année ne vous fait pas sortir. Deux années consécutives au-dessus, et vous passez au régime réel au 1er janvier suivant.
Les obligations qui ne dépendent pas du statut
Le régime micro allège la comptabilité, pas les règles du commerce automobile. Un micro-entrepreneur qui revend des voitures a les mêmes obligations qu’une société.
- La déclaration préalable en préfecture avant le premier achat, et le livre de police tenu jour par jour. L’article 321-7 du Code pénal vise toute personne dont l’activité comporte la vente d’objets d’occasion, sans distinction de statut, et punit le défaut de tenue de six mois d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Sans établissement ouvert au public, c’est le domicile qui sert d’adresse pour la déclaration (article R321-1). Le registre peut être électronique : voir le livre de police numérique.
- La déclaration d’achat de chaque véhicule immatriculé, dans les quinze jours (article R322-4 du Code de la route).
- Le W garage pour faire rouler un véhicule placé sous déclaration d’achat. La demande exige un extrait K ou Kbis et un justificatif fiscal de l’activité, qu’un micro-entrepreneur peut fournir (avis de CFE ou attestation de régularité fiscale). Les règles d’usage sont dans notre article sur la plaque W garage et le WW.
- Les garanties légales dues par tout vendeur professionnel à un consommateur : garantie de conformité et garantie des vices cachés.
- Les obligations comptables du micro : livre des recettes, registre des achats avec pièces justificatives, factures avec la mention de franchise.
Quatre questions avant de choisir la micro
- Combien de véhicules par an, à quel prix moyen ? Multipliez : c’est votre chiffre d’affaires, à comparer à 85 000 € et à 203 100 €.
- Quelle marge par véhicule ? Si 12,3 % du prix de vente représente une grosse part de votre marge, la micro vous coûte cher.
- Achetez-vous à des particuliers ou à des professionnels ? Les achats facturés avec TVA pèsent plus lourd en franchise, puisque cette TVA n’est pas récupérable.
- Voulez-vous grandir vite ? Le guide devenir négociant automobile en 2026 compare EURL et SASU pour un volume plus élevé.
Démarrer avec Iziscar, en micro ou en société
Iziscar ne choisit pas votre régime à la place de votre expert-comptable. Il tient en revanche les obligations du métier dès le premier véhicule, quel que soit le statut.
- Le chiffre d’affaires suivi en continu : l’onglet consacré au chiffre d’affaires et à la TVA dans les statistiques, sur la période de votre choix, vous dit où vous en êtes face aux seuils. Voir l’aide suivre son chiffre d’affaires et la TVA.
- La bonne mention sur vos factures : les mentions de TVA se personnalisent dans les paramètres, cas de vente par cas de vente ; faites valider le texte par votre comptable. Le jour où vous devenez redevable, la TVA sur marge se choisit véhicule par véhicule.
- Le livre de police tenu depuis la fiche du véhicule, et les CERFA de déclaration d’achat, de cession et d’immatriculation pré-remplis.
- Les démarches carte grise par notre prestataire habilité, sans habilitation SIV.
Si vous créez une société, le programme jeunes entreprises accompagne le démarrage : paramétrage de la société, des documents et du livre de police. Il est réservé aux sociétés dont le Kbis a moins d’un an ; pour une entreprise individuelle, notre équipe vérifie votre cas par téléphone.
Sources
- Les régimes réservés aux petites entreprises (mars 2026), DGFiP, impots.gouv.fr
- Micro-entreprise : nouveaux seuils de chiffre d’affaires 2026-2028, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Cotisations sociales du micro-entrepreneur, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Dépassement des seuils de chiffre d’affaires par un micro-entrepreneur, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 portant divers ajustements du code des impositions sur les biens et services, Légifrance
